lundi 29 août 2011

Grande traversée des Alpes


En route pour la cime de la Bonette, 31/06/2011


Comment traverser les Alpes françaises, du nord au sud, en 6 jours, sans assistance mécanique : à vélo !

Avec un programme assez ambitieux (de notre point de vue), nous avons avec Sylvain relié Thonon (lac Léman) à Menton (Méditerranée) sur nos petites reines, du 28 juin au 02 juillet 2011. Avec un programme logistique assez confortable (nuits et repas en gîtes/hôtels et restaurants), nous avons pu nous contenter chacun d'une sacoche peu volumineuse contenant un rechange pour le soir, une paire de tongues et divers accessoires, nous permettant de s'attaquer plutôt sereins aux pentes des cols alpins.


Au total, nous avons parcouru en six jours 670 km et franchi 15 cols, avec 17 300 m de dénivelé positif. Le programme en détail et en images.



J1. Thonon (74) - Flumet (73).
Thonon - col de Jambaz - Marignier - col de la Colombière - Grand-Bornand - la Clusaz - col des Aravis.

Distance : 110 km
D+ : 2800 m / D- : 2220 m








Après un trajet en TER depuis Chambéry, le grand départ est un peu laborieux à Thonon (430 m), notre transit intestinal laissant à désirer... Une pointe de stress peut-être ? Quelques Perriers plus tard (immédiatement déclarée boisson officielle de la GTA), nous voilà enfin à l'attaque du verdoyant Chablais, que nous traverserons du nord au sud via le col de Jambaz (1027 m). Soit une montée tranquille ponctuée de quelques petites descentes, pour environ 730 m de dénivelé. Idéal pour s'échauffer avant le col de la Colombière, gros morceau de ce premier jour dans la fournaise (35° en plaine à Marignier, où nous déjeunons). Ce premier test bien réussi, nous filons sur le grand Bornand puis la Clusaz, pour traverser le col des Aravis, facile mais un peu longuet. Il ne reste qu'à se laisser descendre sur les beaux lacets du versant sud jusqu'à Flumet, avec la superbe vue sur le mont Blanc et sa face ouest.






l'herbe est fraiche au col des Aravis



J2. Flumet (73) - Val d'Isère (73)
Flumet - col des Saisies - Beaufort - cormet de Roselend - Bourg-St-Maurice - barrage de Tignes - Val d'Isère
Distance : 106 km
D+ : 3200 m / D- : 2500 m



C'est la première des deux étapes difficiles qui nous attendent les deuxième et troisième jour. Le col des Saisies est relativement simple, avec une fois encore une vue époustouflante sur le mont Blanc. Nous voulons déjeuner après le Cormet de Roselend, aussi nous nous accordons une courte pause à Beaufort avant de se lancer dans les 20 km du cormet, que je découvre pour ma part. Ce dernier franchi, nos estomacs cédent à l'appel des sirènes de l'auberge des Chapieux, niché au pied du glaciers des Glaciers...
Nous reprenons ensuite un coup de chaleur à Bourg-st-Maurice et attaquons la longue montée à Val d'Isère, heureusement agrémentée du spectacle glaciaire offert par le groupe mont Pourri / dôme de la Sache, faisant remonter des souvenirs skiants, comme souvent durant cette semaine. Le passage au barrage de Tignes et l'arrivée à Val d'Isère, déserte, est étrange (nous sommes encore en basse saison). Le contraste entre les constructions humaines (barrage et stations) et la minéralité de ces lieux grandiose est étonnant.

Pour la seule fois de la traversée, nous troquerons l'authenticité à la modernité. En "modernité", comprendre la prédominance de la logique marchande et l'apologie du futile, dans une station qui se prétend à la fois jeune et branchée et familiale (avec bourse garnie). Un grand écart improbable, qu'il n'est pas besoin de promettre tant il est illusoire !



J3. Val d'Isère (73) - Briançon (05)


Val d'Isère - col de l'Iseran - St-Michel-de-Maurienne - col du Télégraphe - Valloire - col du Galibier - col du Lautaret - Briançon


Distance : 170 km
D+ : 3700 m / D- : 4200 m


C'est l'étape clé du voyage : la plus longue et la plus difficile, c'est aussi celle qui nous fera basculer des Alpes du Nord dans les Alpes du Sud. D'autant que la météo annoncée n'incite pas à la confiance, avec des orages éventuels en après-midi. Advienne que pourra, nous devons passer... Depuis val d'Isère, les 1000 m de la montée facile du col de l'Iseran (2764m) nous réveillent en douceur (les cuisses endolories de la veille ne s'en plaindront pas).


Enfin, la Maurienne nous tend les bras. Nous nous introduisons dans ce territoire de ski de rando de premier ordre par son accès supérieur, le col routier le plus élevé des Alpes. En plongeant sur la haute-Maurienne, les sommets parcourus à skis, étalés sous nos yeux, sont une distraction supplémentaire avant l'arrivée en fanfare à notre familier Bonneval-sur-Arc, où la pause régénératrice nous dope dans la perspective d'une longue descente de la vallée jusqu'à St-Michel, face au vent évidemment ! (Brève digression : suite à une récente sortie Chambéry-Bonneval nous ayant conforté dans nos impressions, il semble qu'il existe ce que nous osons nommer une arnaque des thermiques en Maurienne. Le vent s'évertue à gêner le cycliste, à la montée comme à la descente... à suivre.)


Du col de l'Iseran, l'incontournable Charbonnel


Nous essuierons une petite averse après l'incontournable pause déjeuner au Pepuccio de Modane, avant d'attaquer la montée du Télégraphe, où il faut penser à s'économiser dans l'optique du Galibier, dont les portions très raides, qui suivent Plan Lachat, nous feront mal aux cuisses... L'arrivée au col à 19h dans





le brouillard, mémorable, vaudra son pesant de... fondue, qui une heure plus tard, nous tendra les bras au sympathique gîte du petit phoque. La bascule est opérée, nous sommes dans les Alpes du Sud. A nous les pins, grillons, cigales, Méditerranée...



col du Galibier, 19h, h-1 avant la fondue réparatrice...




J4. Briançon (05) - Jausiers (04

Briançon - col de l'Izoard - Guillestre - col de Vars - Jausiers


Distance : 100 km
D+ : 2800 m / D- : 2830 m



Dès le départ, les cuisses sont lourdes après la grosse étape de la veille. D'autant que la nuit, en dortoir collectif, fut agrémentée d'un concerto de ronfleur professionnel, mené tambour battant du crépuscule à l'aube. Le sévère versant nord de l'Izoard remettra les cuisses aux travaux forcés. Le col franchi, le menu du jour d'une très charmante terrasse de Brunissard regarnit le stock de bien être mental, nécessaire à l'équilibre des forces en présence : fatigue physique et usure psychologique vs émerveillement visuel et franchissement grisant des obstacles.







montée à l'Izoard, goguenards (griffe photos)



Devant la fameuse Casse Déserte




Du col, belle vue sur les couloirs nord de la Font Sancte, pas si vilains pour un début juillet...














La descente des gorges du Guil est, comme prévu, grandiose. De mon côté les souvenirs affluent massivement. Quelle vallée ! A la maison du Roy, nous devons bifurquer sur une petite route secondaire en balcon (qui fut anciennement la route officielle), à cause de travaux en cours sur la route des gorges. Nous n'aurons pas les fameux tunnels taillés dans la roche, mais une belle consolation avec cette route perchée.


Depuis Guillestre, alors en pleine digestion, nous sommes cueillis à froid (pressés à froid ?) surpris par la difficulté des 10 premiers km de la montée au col de Vars. La suite est plus tranquille, avant de quitter les Hautes-Alpes pour entrer en Ubaye (Alpes de Haute-Provence). A Jausiers, le gîte des Moineaux, que nous recommandons, sera le lieu d'une belle veillée avec le sympathique propriétaire, demandeur comme nous de débats sur l'avenir de notre belle planète et de ses occupants bipèdes.


J5. Jausiers (04) - St-Martin-Vésubie (06)


Jausiers - cîme de la Bonette (2802m) - St Etienne de Tinée - col St Martin (1500m) - St Martin Vésubie


Distance : 110 km
D+ : 2970 m / D- : 3100 m


L'ascension de la cime de la Bonette est relativement facile : pourcentages peu importants, replats fréquents, paysage ouvert. Seul le dernier km est très raide (12% ?) : il permet, par un habile final autour d'une pyramide rocailleuse, d'élever la Bonette au rang de "route la plus haute d'Europe".































S'ensuit une longue descente sur Etienne de Tinée. Une pizza monumentale plus tard, c'est encore une longue descente face au vent dans la Tinée, jusqu'à la bifurcation vers le col St Martin, permettant de basculer vers la Vésubie. N'ayant pas préparé ces dernières étapes avec le même soin que pour les premières, c'est au café à St Sauveur sur Tinée, à 18h, que nous apprenons la douloureuse : "vous montez au col ? maintenant ? et bé bon courage !". En effet, c'est un dénivelé de plus de 1000 m que nous devons encore avaler à cette heure avancée, alors que nous digérons les 1600 du matin pour la Bonette. Nous prenons acte des encouragements et grimpons sans plus tarder : la pente est régulière mais peu raide, la pilule passera bien. A nous la Vésubie ! Et encore un gîte à recommander : les Champouns. Qui eût cru que nous aurions nourri des lamas cette semaine ?

J6. St-Martin-Vésubie (06) - Menton (06)

St Martin Vésubie - col de Turini (1607m) - Sospel - col de Castillon - Menton

Distance : 75 km
D+ : 1700 m / D- : 2700 m


Le programme de la dernière journée est plus léger. Une fois franchi le dernier vrai col (Turini), nous nous laissons descendre dans l'incroyable vallée de la Bévéra, très encaissée. Vite, nous dévorons nos spaghetti bolo à Sospel, puis nos cinq desserts chacun, et repartons vers la côte, via le col de Castillon. La luminosité est médiocre mais la mer se rapproche inexorablement.



















terminus !



Menton-plage, après la baignade validatoire



Le retour sur Chambéry -via Marseille- sera encore assuré en TER (service public qui, comme chacun sait, fonctionne relativement correctement. Pour comparer, se référer à la situation -prévisible- post privatisation en Angleterre).


670 km et 15 cols plus tard, nous plongeons dans l'eau salée comme des gosses. Quelle chance avons-nous. Vive les Alpes !
Ce que nous n'avons pas compté durant ce périple :
- le nombre de cafés
- la quantité de desserts
- la masse de pâtes
- les litres de sueur
- le nombre de sourires croisés
liste non exhaustive ...