mercredi 6 janvier 2010

Chili-Argentine : les Andes à ski

Manu dans le couloir nord d'El Indio (Chili)

Octobre 2009 démarrait sur les chapeaux de roue : à peine sorti du boulot vendredi 02, je retrouvai Manu pour filer sur St Exupéry (aéroport de Lyon), direction... Santiago. Avec les skis, bien entendu ! Les mois de septembre/octobre/novembre sont le printemps là-bas, soit la période idéale pour skier en altitude.

Dès l'arrivée à Santiago, Iberia nous fait une première frayeur : les skis sont restés à Madrid, et n'arriveraient que le lendemain (du moins on l'espère...) ! On trouve heureusement un hôtel sympa et bon marché dans le centre et en profitons pour visiter un peu Santiago. Ville plutôt moderne, sans charme particulier si ce n'est le statut de capitale.


Le Chili a connu une forte croissance économique dans les années 2000... Les tours de ce calibre sont nombreuses à Santiago, cotoyant parfois de mignons clochers.






















Nous logeons dans l'Hostal Londres (prononcez Londresse), dans un micro quartier à connotation européenne.

Dans la rue, on peut trouver des paquets de cigarettes à 1 Euro, estampillés "Vente en Afrique"...

Plaza de Armas by night

L'ambulance Chilienne

Les skis arrivent bien le lendemain, on peut filer vers Portillo, station de ski située à la frontière Chilo-Argentine, à 2800m d'altitude. Comme prévu la station a fermé la veille, les deux seuls skieurs de rando à l'affut peuvent débarquer... Notons une pause culinaire des plus agréables sur la route des Andes, peu avant Los Andes : un restaurant tenu par des Français, servant notamment de beaux morceaux de viande (je ne retrouve plus son nom).
Le grand hôtel de la station (hôtel Portillo) est hors de prix (250 USD la chambre), mais une fois fermé, il loue des petits chalets individuels à des prix beaucoup plus raisonnables. Et au confort très appréciable...

Le lendemain le temps est maussade ; pas de neige, mais gris. On se décide donc pour le plan de secours, au départ de Portillo : le couloir du Super C, un couloir sud (attention nous sommes dans l'hémisphère sud : faces nord au soleil, sud à l'ombre) du proche sommet de l'Ojos de Agua. C'est l'occasion de tester mon genou (la douleur se manifeste dans la montée en crampons) et de monter au delà de 4000m (4150m), histoire de commencer à s'acclimater pour la suite.
















L'Aconcagua est tout proche
Dans la montée Est















Bonne neige froide pour commencer

Manu joue avec les contrepentes


On pourra ensuite se délasser dans notre chalet douillet :

Météo prise le soir, c'est pas la joie : sur notre secteur, un temps gris voire neigeux devrait dominer les jours à suivre. Changement de programme, on redescend le lendemain à Santiago récupérer l'autorisation du loueur de voiture nécessaire au franchissement de la frontière avec l'Argentine, puis nous remontons, passons la frontière et filons vers le refuge San Bernardo (2800m), au pied du Cordon del Plata. Petite galère à la frontière car le loueur s'était planté dans le numéro de passeport... Ajoutez à cela les visas qui jalonnent nos passeports respectifs, soit l'Angola pour Manu et l'Algérie pour moi, vous aurez affaire avec une douanière à la mine sévère... ça passera, ouf !















Les "petits" camions attendent leur tour pour passer la frontière.

Le tunnel du "Christ rédempteur", frontière physique entre Chili et Argentine

Au bout du tunnel, l'Argentine...

Au terme de dépassements tout à fait conformes...











... nous arrivons à Potrerillos, petite ville plutôt glauque.
L'accès au refuge en refuge n'est pas des plus simples, surtout de nuit. Dans nos recherches d'itinéraires au milieu d'endroits peu accueillants, le réconfort de la voie française qui nous a répondu au téléphone (du refuge) aura été bien apprécié. Non pas que nous aurions hurlé victoire dans la voiture, mais presque !

Les derniers lacets (ci dessus) de la piste qui mène au refuge San Bernardo (ci dessous)

Le chien ressemble à un renard ? Normal, il est croisé avec un renard (véridique) !

Quant au 4x4, voilà le genre d'engin qu'il faudrait proposer à tous ceux qui se pointent chez le concessionnaire pour acquérir de monstrueux 4x4 rutilants, dont la France n'a d'ailleurs pas le monopole, vu la quantité aperçue au Chili et Argentine.

L'accueil de l'aide-gardien du refuge est très sympa. C'est un français expatrié qui vit en Patagonie et travaille là pour quelque jours. Nous consultons les cartes disponibles : les courbes sont vagues et les altitudes souvent discordantes d'une carte à l'autre. Décision est prise de poser un camp vers 4000m pour pouvoir rayonner alentour sur les sommets intéressants.

Dès le lendemain matin, départ chargés, avec finalement "seulement" 200m de portage avant de chausser.















Préparation et installation du camp à 4000m

Le lendemain, nous partons dans les pentes sud-ouest du Lomas Amarillas (5100m). Nous commettons une erreur d'entrée en prenant les pentes sud-ouest (qui, nous le pensions, devaient déboucher au sommet) au lieu d'emprunter la voie ouest, plus classique. Nous devons stopper vers 4750m car l'enneigement s'arrête, alors que la pente, caillouteuse, reste soutenue. Quelques regrets pour ce premier sommet non atteint, mais un point positif : nous nous sommes économisés pour la grosse course qui nous attend le lendemain, le couloir est du Cerro Rincon, qui nous tape dans l'oeil depuis deux jours. Cette excursion nous aura permis de s'assurer visuellement que l'accès au couloir, dont la partie inférieure n'était pas visible du camp, n'est pas obstrué à sa base par une barre rocheuse.

Manu carve dans les pentes transformées du Lomas Amarillas, devant le Cerro Rincon.

Couloir est du Rincon, ou Supercanaleta

Le lendemain, le réveil sonne à 4h. C'est presque avec soulagement que nous sortons de notre relative torpeur nocturne ; nous quittons l'inconfortable repos de notre tente constamment fouettée par le vent pour aller nous frotter au colosse Rincon.


Petit montage de Manu pour illustrer la monotonie -mais néanmoins superbe- de notre ascension. 900m de montée en crampons, en se relayant régulièrement. A partir de 5000m, la fatigue se fera de plus en plus pesante. Je suis pris de légers vertiges, perspective peu rassurante en regard de l'endroit ou nous nous trouvons ! Heureusement Manu a encore quelques ressources à ce moment pour tracer et garder le cap.
Dans le rétrécissement supérieur, au delà de 5000m. Dans cette section, la pente se maintient entre 45 et 50°.

Dernière difficulté avant le sommet. On est tout heureux d'avoir déniché ce petit couloir, qui nous permettra de partir du sommet skis aux pieds.















Enfin au sommet ! Derrière, le Cerro el Plata (6000m), point culminant du Cordon del Plata


Au nord, trône l'Aconcagua

Début de descente prudente car l'expo est relativement forte.
























Négociation d'un ressaut (avec fond glacé) piolet en main, avant de commencer à skier (photos Manu)
























Dans les 800m de couloir (photo de gauche par Manu)














On optimise les canaux enneigés pour limiter le portage. Cette fois-ci c'est la fin !

Les Cerro Vallecitos et Rincon, avec notre itinéraire dans le Rincon.

Soirées animées au cosmopolite refuge San Bernardo...

Nous avons droit à une soirée foot, au cours de laquelle l'Argentine gagne à l'arrachée un match décisif contre le Pérou pour la qualification au mondial 2010 en Afrique du Sud.

Le Supercanaleta

Face est du Cerro el Plata (6000m) ; pour la prochaine !

Le Cordon del Plata














Petite excursion en plaine
Après nous être accordés un jour de repos au refuge, on reprend la route pour le Chili, en espérant cette fois que la météo sera avec nous. Non sans une pause gastronomique à Potrerillos, où nous la jouons carnivores, la viande étant la spécialité Argentine. Et on le comprend, quand on goute la tendreté et la saveur des viandes. A savoir qu'à l'inverse de chez nous, la viande est bon marché en Argentine (sinon elle ne serait pas si populaire...). Les gens se retrouvent souvent le dimanche pour de grandes grillades familiales.

A l'approche de Los Penitentes (Argentine)

Petite pause avant la frontière au fameux Puente del Inca, arche naturelle qui franchit le rio Las Cuevas près des sources thermales qui étaient déjà fréquentées par les Incas.


On roule le dimanche 11 octobre, jour de transition météo : une petite perturbation s'évacue, avec l'espoir pour nous de gouter à la poudre le lendemain. Nous la gouterons abondamment dans le couloir nord ensoleillé de l'Indio, sommet proche de Portillo.

Indio, couloir nord

Remontée du couloir en peaux car la neige fraiche rend trop pénible la progression à pied
















Dans la superbe faille terminale...






















...que nous pourrons skier en poudreuse.


Panorama époustouflant sur les hauts sommets du secteur (cliquer pour agrandir). La face sud de la Parva del Inca nous tape dans l'oeil.
Grand ski dans de belles pentes

900m de plaisir

Retour à l'hôtel Portillo, moche sans nul doute

Du sommet du couloir de l'Indio, on a pu répérer un peu mieux la Parva del Inca (4831m), sommet qui propose une jolie facette terminale suspendue. La motivation est forte, nous pourrions terminer le ski sur ce sommet avant de finir le séjour à Valparaiso. L'accès est long et demande un jour d'approche pour planter la tente assez haut ; puis une seconde journée pour le sommet et le retour. Mais voilà, la météo se révèle encore contrariante : les deux jours à venir sont annoncés nuageux avec faibles précipitations. Adieu Parva del Inca...

Parva del Inca

On tentera un des sommets des Tres Hermanos à la journée, même si le ciel est couvert, avant de déguerpir. Partis pour la belle pente ouest de la "cumbre centrale", on devra se rabattre sur la "cumbre sur" car le temps a tendance à empirer.

Les Tres Hermanos, sommets phares du secteur.

Le matin sur la laguna del Inca, on est joueurs















Sommet Sud tout proche. Vue du sommet, immense glacier au loin. Laguna del Inca tout en bas, d'où l'on vient.

















Dernier sommet : dos hermanos au sommet des Tres hermanos

Au retour on sera encore joueur sur le lac, mais la douceur a fait son oeuvre : Manu passe à travers la glace et se trempe les pieds, avant de s'éjecter sur le bord pour ne pas y laisser les skis... Malgré le sérieux de la situation sur le moment, j'avoue avoir ouvertement bien rigolé... On passera donc par des vires très accueillantes pour contourner le lac.
















Marchands de fruits et légumes sur le bord de la route

On y trouve aussi des boissons chimiques gazeuses à base de fruits rouges : Bilz !
Après ce dernier sommet des Tres Hermanos, on est donc sur la route pour l'océan et Valparaiso, ville classée au Patrimoine culturel de l'Humanité par l'Unesco.
















Fortes pentes ! (on se demande parfois comment font les voitures pour monter)
























Ville à flanc de colline, qui regarde vers l'océan
Entrée d'un "ascensore" (funiculaire), curiosité de cette ville en pente.















Maisons de tôles, plus ou moins propres














Les petits bateaux de tourisme cotoient les porte-conteneurs















Petite séquence "fret" : chantier de réparation amovible (gauche) et chargement d'un porte-conteneurs (droite). Petit clin d'oeil à Guillaume C, Vincent B et Arnaud G...















La spécialité de "Valpo", c'est aussi les tags. Comme dit Manu, cette ville est un tag géant














Tags revendicateurs, qui illustrent certainement en partie l'esprit contestataire de la ville


Valparaiso est le paradis des chiens errants (je n'en connais pas les causes en détail). Certainement plus proche de l'enfer pour eux, qui ne font que survivre. Les autorités procèdent parfois à un "génocide animal" pour remettre de l'ordre.






Valparaiso est aussi la ville du grand Pablo Neruda, que la visite de sa demeure, transformée en musée, nous a permis de mieux connaître. L'occasion de rappeler que le Chili a connu, de 1973 (coup d'Etat contre Salvador Allende, financé par la CIA) aux années 90, la terrible dictature de Pinochet.

Soirée foot à "Valpo" : le Chili vient de se qualifier pour la coupe du monde 2010. On a vu le match dans un bar bondé. Promiscuité aidant, on s'est laissés entrainer par un groupe sympa dans la fiesta populaire. Plus tard, il fut difficile d'indiquer notre hôtel au taxi, le corps quelque peu apesanti...

Les vacances s'achèvent, il est temps de rentrer à Santiago. Entre les photos, les souvenirs et le repos, le vol retour (12h pour Madrid) ne sera pas monotone. Et puis, ne soyons pas nostaliques, nous laissons derrière nous des projets, qu'il faudra revenir réaliser !

Sitôt le pied posé en France, d'autres aventures prendront le relais...

Infos techniques et autres photos :

- Ojos de Agua : couloir du super C par Manu sur skitour

- Lomas Amarillas : face nord par Manu sur skitour

- Cerro Rincon : Supercanaleta par Manu sur skitour - par moi-même sur volopress

- El Indio : couloir nord par Manu sur skitour - par moi-même sur volopress

- Tres Hermanos : face ouest par Manu sur skitour